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Le casino du Lac-Leamy, (la CCN et la Ville de Gatineau) honore(nt) un criminel, dénoncent des historiens (Mathieu Bélanger, Le Droit)

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« On ne l’a peut-être pas toujours su, mais là, on apprend que ce personnage [Andrew Leamy] a un profil de bandit, de criminel, de voyou et de fraudeur, affirme le président d’Impératif français, Jean-Paul Perreault. Son passé violent est évident. On a nommé plusieurs lieux publics au nom de cette personne. On lui rend hommage. On ne peut pas rendre hommage à des bandits et des criminels comme Andrew Leamy. Ça n’a aucun sens. Il doit y avoir une réparation historique. Maintenant que la vérité est exposée, ça devient une question de fierté régionale et d’honnêteté. Est-ce que Loto-Québec (la CCN et la Ville de Gatineau) veul(ent) vraiment que son casino (ou autre) soit associé à un personnage qui a un profil de violence, de bandit et de fraudeur et qu’il continue de porter le nom d’un homme qui a jadis semé la terreur et la peur pour asseoir son pouvoir et maximiser ses revenus? »

Le casino du Lac-Leamy et le lac du même nom en arrière-plan (Patrick Woodbury/Archives Le Droit)

« Plusieurs historiens de l’Outaouais ainsi que l’organisme Impératif français demandent aux autorités de faire disparaître le nom d’Andrew Leamy de la toponymie. Les récentes découvertes incriminantes faites par l’historien Albert LeBeau et révélées par Le Droit dans le cadre d’une série d’articles publiés pendant la période des Fêtes doivent forcer la Ville de Gatineau, ainsi que les gouvernements provincial et fédéral à entamer une «sérieuse réflexion» et procéder à une «réparation historique», clament-ils. »
Andrew Leamy, dont le passé criminel commence à faire surface, près de 200 ans plus tard, prête aujourd’hui son nom à un lac, un parc et au casino de Loto-Québec, tous situés à Gatineau. Son implication dans une tentative de meurtre est devenue évidente depuis la révélation d’archives juridiques vieilles de 184 ans découvertes récemment. Elles permettent aujourd’hui de jeter un regard plus précis et critique sur cet individu jadis proche des fondateurs de Hull, la famille Wright, et de Peter Aylen, le parrain des Shiners, un groupe criminel qui a semé la terreur dans la région dans les années 1830-1840.

Andrew Leamy (Archives Le Droit)

« On ne l’a peut-être pas toujours su, mais là, on apprend que ce personnage [Andrew Leamy] a un profil de bandit, de criminel, de voyou et de fraudeur, affirme le président d’Impératif français, Jean-Paul Perreault. Son passé violent est évident. On a nommé plusieurs lieux publics au nom de cette personne. On lui rend hommage. On ne peut pas rendre hommage à des bandits et des criminels comme Andrew Leamy. Ça n’a aucun sens. Il doit y avoir une réparation historique. Maintenant que la vérité est exposée, ça devient une question de fierté régionale et d’honnêteté. Est-ce que Loto-Québec veut vraiment que son casino soit associé à un personnage qui a un profil de violence, de bandit et de fraudeur et qu’il continue de porter le nom d’un homme qui a jadis semé la terreur et la peur pour asseoir son pouvoir et maximiser ses revenus? »

Le directeur des relations avec les médias de Loto-Québec, Renaud Dugas, précise avoir pris connaissance des informations contenues dans les articles publiés par Le Droit. Il rappelle qu’à l’époque, le choix a été fait de nommer le casino en fonction de sa localisation aux abords du lac Leamy, qui lui est sous la responsabilité de la Commission de la capitale nationale (CCN). «Si la CCN décide de modifier le nom [du lac], nous prendrons une décision», ajoute-t-il.

La CCN affirme aussi voir «pris note» des nouvelles informations dans ce dossier et des commentaires qu’elles suscitent. Ces derniers seront évalués en fonction de sa politique de toponymie si une demande officielle accompagnée des documents justificatifs et d’un argumentaire est soumise en ce sens. L’organisme fédéral a actualisé sa politique de toponymie en 2022. Depuis, un comité consultatif chargé d’examiner ce type de demande a été mis sur pied. Il est composé de personnel de la CCN, de partenaires des Premières Nations, ainsi que de spécialistes en histoire locale et nationale.

La mairesse de Gatineau, France Bélisle, affirme avoir été «fascinée» par les révélations publiées par Le Droit dans le temps des Fêtes concernant le passé criminel d’Andrew Leamy. Elle salue d’ailleurs le travail minutieux des historiens de la région dans cette affaire.

Assassinat de John McRae par Andrew Leamy en 1845. Année inconnue

«Bien que Leamy soit lié à plusieurs endroits à Gatineau et que la pertinence de perpétuer son nom semble susciter maintenant des questionnements, aucun changement n’est envisagé pour le moment, indique-t-elle. Je laisse le soin au comité de toponymie de la Ville d’évaluer toutes les demandes dans le cadre de son mandat et de faire les recommandations d’usage.»

Le président du comité de toponymie de la Ville de Gatineau, Gilles Chagnon, est actuellement à l’extérieur du pays. Il n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue. Le Droit était toujours en attente d’une réponse du gouvernement du Québec au moment de la publication de cet article.

L’historien Albert LeBeau qui a fait la découverte des archives incriminantes. (Simon Séguin-Bertrand/Le Droit)

Pour l’historien Albert LeBeau qui a découvert les témoignages, affidavits et dépositions qui incriminent Andrew Leamy, il ne fait aucun doute que les autorités doivent réagir en biffant son nom de la toponymie des Gatinois. Il en va de même pour l’historien Raymond Ouimet qui a aussi fouillé le passé criminel d’Andrew Leamy au cours des dernières années. «Le casino porte clairement le nom d’un bandit, assure-t-il. Avant de retirer ce nom, il faudrait peut-être voir ce que les autres membres de la famille Leamy ont fait, mais dans le cas d’Andrew Leamy, ça regarde mal. Il y a à tout le moins une très sérieuse réflexion à faire.»

Kathleen Durocher (Patrick Woodbury/Archives Le Droit)

L’historienne Kathleen Durocher est aussi d’avis qu’en regard des nouvelles informations concernant Andrew Leamy, Loto-Québec doit maintenant changer le nom de son casino à Gatineau. «Si le nom Leamy n’évoquait pas la criminalité et les abus que pouvait se permettre une certaine élite installée en Outaouais au temps des Shiners, nous pouvons penser que les nouvelles découvertes à son sujet amènent une toute nouvelle façon de percevoir le nom, explique-t-elle. La décision de changer un nom, dans ce cas-ci du casino gatinois, est coûteuse, mais elle me semble nécessaire pour la société d’État.»

Retirer de la toponymie le nom de Leamy ne veut pas dire que le personnage s’en trouvera effacé de l’histoire, ajoute l’historienne gatinoise. «À l’inverse, je dirais que l’acte permet de donner une visibilité nouvelle à ce personnage et à des évènements méconnus, dit-elle. Or, sa place est plutôt dans les livres d’histoire et non dans la toponymie qui sert à commémorer et honorer. La plupart du temps, la toponymie nous permet d’enseigner l’histoire lorsqu’on la questionne. Les controverses qui entourent certains noms deviennent le vecteur parfait pour renseigner un très large public sur des facettes mal connues de notre passé. Parfois, c’est le retrait d’un nom et sa médiatisation qui permettent réellement de faire découvrir à la population locale des personnages historiques, des évènements remarquables, même s’ils sont parfois un peu moins glorieux.»

Adresses utiles pour commentaires, intervention ou appui :

Greg Fergus
Député fédéral Hull-Aylmer
Greg.Fergus@parl.gc.ca

Steven MacKinnon
Député fédéral de Gatineau
Steven.MacKinnon@parl.gc.ca

Mathieu Lacombe
Ministre responsable de l’Outaouais
Ministre de la Culture et des Communications
Mathieu.Lacombe.PAPI@assnat.qc.ca
ministre@mcc.gouv.qc.ca

Suzanne Tremblay
Députée de Hull
Suzanne.Tremblay.HULL@assnat.qc.ca

Commission de toponymie du Québec
topo@toponymie.gouv.qc.ca

France Bélisle
Maire de Gatineau
maire@gatineau.ca

Commission de toponymie de Gatineau
Chagnon.gilles@gatineau.ca

Commission de la capitale fédérale
info@ncc-ccn.ca

Parcs Canada
pc.information.pc@canada.ca

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