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Réparation historique

Le surfinancement des universités anglophones

Les étudiants canadiens paieront l’équivalent de ce que leur formation coûte au gouvernement du Québec
Les critiques de la communauté anglophone au sujet de la hausse des frais de scolarité pour les étudiants canadiens désirant étudier dans les universités anglophones sont basés sur un ensemble d’arguments bien orchestrés que reprennent en cœur les gestionnaires et les professeurs du milieu. La critique de Anne-Louise Davidson à l’égard de la ministre Pascale Déry ne fait pas exception.

  1. La qualité globale de l’enseignement est plus importante qu’une simple question linguistique;
  2. Les gradués des universités anglophones ont apporté une contribution remarquable dans tous les domaines scientifiques et culturels au Québec;
  3. Le monde universitaire sera privé d’excellentes ressources que la ministre s’apprête à exclure, ressources provenant de la diversité canadienne. Le Québec ne peut se passer de ces talents, de cette richesse dont la valeur aurait été démontrée;
  4. Le personnel des universités anglophones compte de nombreux francophones engagés qui encouragent l’intégration de leurs élèves à la société, à la culture québécoise;
  5. La réforme aura un impact financier majeur sur les institutions anglophones sans améliorer la situation des universités francophones pour autant; on ne déshabille pas Jean pour habiller Paul ou vice-versa;

Autant d’arguments qui ne tiennent pas la route, pour peu que l’on soit renseigné. Il est possible de réduire la décision à de pures considérations linguistiques si on néglige l’ampleur du déséquilibre financier entre les deux réseaux universitaires et les effets délétères de l’immigration massive, régulière et estudiantine sur la société montréalaise.

Si on ne peut nier l’apport considérable des universités anglophones, on ne peut négliger non plus le fait que cela a été rendu possible grâce à des sources de financement public et privé (démesurées par rapport à la population de langue anglaise) qui leur ont permis d’offrir des programmes et des installations de qualité. Les mesures annoncées sont d’une timidité remarquable à cet égard et témoignent de la faiblesse chronique de nos élites colonisées quand il s’agit du partage des ressources entre les réseaux scolaires. Il va de soi que les universités francophones auraient eu autant de succès dans les mêmes domaines avec les mêmes ressources.

Les professeurs, défenseurs du statu quo, se définissant souvent comme francophones engagés, affirment faire partie du personnel des universités anglophones qui encouragent l’intégration de leurs élèves à la société, à la culture québécoise, exemples à l’appui. Ils méritent notre estime. Toutefois les règles statistiques veulent qu’on ne puisse baser un jugement aussi important sur un échantillon aussi réduit. Sans compter qu’avec autant de bonne foi leur œuvre se poursuivra.

Que le monde universitaire québécois soit privé des ressources provenant de la diversité canadienne, rien n’est moins certain. Ce serait prendre pour acquis que toutes les universités seraient touchées également, francophones ou anglophones, que les étudiants canadiens ne s’intéressent pas aux institutions francophones et viennent chez nous pour des raisons exclusivement pécuniaires. Sans compter le côté malsain de cette insinuation à l’effet que la qualité serait d’abord anglophone et étrangère.

Quant à l’impact financier, cette catastrophe annoncée, il est difficile d’y souscrire puisque théoriquement il faudrait parler plutôt d’une augmentation des frais de scolarité. D’autant plus qu’en cas de difficulté Ottawa est toujours prêt à intervenir grâce à l’article 23 de la charte qui permet de venir au secours des minorités linguistiques. Vous aurez compris qu’en vertu du principe de symétrie, la communauté anglophone du Québec est la seule minorité linguistique qu’Ottawa reconnaît et supporte allégrement, directement et indirectement. Passons sur le Royal Vic et les 200 millions qui sont offerts par Québec à McGill pour fin de rénovation.

Le cas de Bishop est différent. La loi 101 a eu pour effet d’affaiblir le réseau scolaire anglophone de l’Estrie. Privé de la clientèle francophone des écoles se sont vidées. La communauté anglophone s’est mobilisée pour attirer dans cette région des employeurs (publics et privés) susceptibles d’embaucher du personnel dont les enfants fréquenteraient leurs institutions. Bishop est un élément important de cette stratégie. Dans le débat actuel, Bishop peut compter (pour des accommodements raisonnables) à la fois sur la CAQ qui ne voudra surtout pas paraître anti-anglo et sur Ottawa qui couve sa minorité linguistique québécoise.

Au Québec la langue anglaise, la culture et les institutions anglophones jouissent d’une position dominante par rapport à la francophonie. Toute intervention gouvernementale qui pourrait avoir pour effet de rétablir l’équilibre entre les deux groupes linguistiques est automatiquement vilipendée par le groupe dominant et ses supporteurs externes. Il ne reste qu’à souhaiter beaucoup de courage à Mme Déry dans sa démarche, si minime soit-elle.

Gérard Laurin
Gatineau

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