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«YES WEEK END»

Yes WeekendIl n’est généralement pas de censeurs plus sévères de ce qui est ancien, du déjà vu que les professionnels de la communication et de la publicité. Pratiquement rien de ce qui n’est pas jeune, nouveau, moderne ou neuf ne trouve grâce à leurs yeux et aucun d’entre eux ne saurait se soustraire à la tentation anglomaniaque, seule capable, à les entendre, d’exprimer la modernité. Cependant il peut arriver aux «créatifs» en question, pourtant rarement à court d’imagination, de servir des plats réchauffés. C’est bel et bien le cas pour une publicité faite ces jours-ci pour le lancement d’une formule nouvelle du Figaro Magazine (la photo ci-jointe est extraite du quotidien L’Equipe du 8/10/2010).

Ce «Yes week end !» a, en effet, déjà passablement servi. Il a ainsi été utilisé, dès décembre 2008, par 120 parlementaires de gauche qui entendaient protester contre le projet d’extension du travail dominical envisagée par l’exécutif. Ils le firent dans une tribune publiée par Libération ayant pour titre «Repos dominical : Yes week-end !» Cet intitulé insolite, qui n’a pas de sens en anglais, intraduisible en français, inventé semble-t-il par lesdits parlementaires, ayant manifestement été choisi par référence au très fameux slogan («Yes, we can«), usé, lui, jusqu’à la corde désormais, qui était celui du candidat élu (un peu plus d’un mois plus tôt) aux élections présidentielles américaines. Quoi qu’il en soit, il est assez piquant de voir le groupe du Figaro, dont la ligne éditoriale est réputée comme étant celle de la droite et du centre-droit, reprendre ainsi à son compte une formule inventée par la gauche (lancé en 1978, Le Figaro Magazine fut, alors, vivement attaqué par cette dernière).

Mais il y eut bien entendu des répliques, bien avant celle du Figaro Magazine, car l’élection du 44ème président des Etats-Unis souleva une spectaculaire vague d’enthousiasme en France. En particulier dans les grands médias (la veille du scrutin, le 3 novembre 2008 pour être précis, le quotidien Ouest-France écrivait, en gros titre et en première page : «La planète attend Obama»  http://www.lekiosque.fr/magazine-111897 ). Le slogan choisi par celui-ci au cours de sa campagne électorale fit fureur dans les milieux politiques (on vient d’en voir une manifestation) mais aussi, et surtout, commerciaux, toujours soucieux, les uns comme les autres, d’associer leur image et leurs produits aux vainqueurs, aux équipes gagnantes. Quelques jours après l’entrée en fonction du nouveau Président (le 20 janvier 2009), la chaîne de télévision généraliste Paris Première (lancée en 1986 à l’initiative de la Mairie de Paris et qui, depuis 2001, appartient au groupe M 6) renommait ses Matinées Art de Vivre (diffusées le samedi et le dimanche) «Yes week end«.

Cette invraisemblable prolifération de mots anglais dans le très fantaisiste logos commercial (qui n’est pas vraiment la langue de William Shakespeare mais plutôt un anglais de bazar) a tout du galimatias ? Qu’importe, ces assemblages, aussi  baroques soient-ils, ont valeur d’excellence pour les publicitaires. Et ceux auxquels ils sont destinés ne protestent pas, ne s’en plaignent pas. Ils sont nombreux à avoir pris l’habitude de ne pas les comprendre et à s’en accommoder …

Jean-Pierre Busnel

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