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«B FOR BANK»

Par des publicités massives dans de nombreux médias commerciaux, beaucoup de Français apprennent en ce moment l’existence toute récente d’une nouvelle banque. Elle est dénommée «B for Bank». Ils ne sont pas bien nombreux encore à savoir – car cela est masqué dans les annonces publicitaires, et ce n’est évidemment pas un oubli des conseils en communication des fondateurs – qu’il s’agit non pas d’un établissement anglo-saxon qui s’implante en France, comme beaucoup le pensent tout naturellement, mais d’une création du … Crédit agricole.

Il paraît que ledit Crédit agricole cherche ainsi à conquérir une clientèle plus jeune qui serait tentée d’avoir une relation bancaire 100 % en ligne. Une clientèle «nomade«, «moderne«, encline à faire confiance à une banque «full web«, comme disent les gens de marketing. Lesquels, admiratifs, notent l’audace du logo qui, dans la tendance «new design«, devrait séduire les jeunes avec son concept très «less is more«. On sait depuis longtemps que jeunisme et anglomanie font bon ménage.

Mis, par construction (de l’Etat), au service du monde agricole et rural, lancé ensuite à la conquête des villes, le Crédit agricole est aujourd’hui, à l’issue d’un très long processus de déréglementation qui l’a affranchi de la tutelle étatique de ses débuts et d’un développement ininterrompu, une multinationale de grande envergure qui a pour objectif, comme bien d’autres, la conquête du monde. Sans doute son appellation d’origine, «crédit agricole mutuel«, vieille de plus de 100 ans, et avec des mots français de surcroît, embarrasse-t-elle quelque peu ses dirigeants à l’heure du néolibéralisme et de la mondialisation. «Nous ne sommes pas prisonniers de notre histoire» a d’ailleurs tenu à préciser M. Jean-Paul Chifflet, secrétaire général de la FNCA (Fédération nationale de Crédit agricole), vice-président de Crédit agricole SA, à l’occasion de ce lancement (Le Figaro du 2/10/09). C’est bien le moins que l’on puisse dire, en effet.

«Bien qu’aucune preuve n’ait été apportée, jusqu’ici, de l’obligation de sacrifier les langues nationales pour pouvoir se plier aux impératifs du marché» (Claude Hagège, professeur au Collège de France, dans Combat pour le français, chez Odile Jacob), on constate, néanmoins, un emploi de plus en plus massif de l’anglais par les entreprises commerciales en général, notamment pour la dénomination des produits et services nouveaux, des sociétés nouvelles (y compris même, de plus en plus souvent, en communication interne, l’usage de l’anglais étant parfois imposé par les directions, surtout au niveau de l’encadrement supérieur). Il n’y aurait pas d’autre voie que celle-là pour paraître moderne, pour afficher son caractère transnational, pour séduire les sacro-saints marchés.

«Les opérateurs financiers rêvent d’un monde absolument lisse : la diversité linguistique fait partie de ces obstacles qu’il faut éliminer» a écrit le professeur Bernard Lecherbonnier dans son excellent livre Pourquoi veulent-ils tuer le français ? (chez Albin Michel). Parce qu’ils y voient le moyen privilégié de l’efficacité marchande, les milieux d’affaires semblent vouloir installer petit à petit le règne de l’anglais en France. Leur prédilection pour les «jeunes» n’ayant guère d’égale, semble-t-il, que leur aversion pour la langue française.

Jean-Pierre Busnel
jpabusnel@wanadoo.fr

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