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FRANCE-TÉLÉCOM

«FRANCE TELECOM : TIME TO WHAT?

«Il faut bouger» martelait Monsieur Didier Lombard, PDG de France Telecom depuis 2005. La situation concurrentielle de l’opérateur imposait sans doute que les ex-fonctionnaires de la boîte privatisée changent de rythme, de méthodes de travail, de comportement, bref de manières d’être et de concevoir leurs carrières. Avec la mobilité pour principe de base.

La brutalité aveugle du processus, le mépris pour les individus confrontés aux diktats de la Direction, la carence totale en relations humaines censées huiler les rouages, ont provoqué en un an et demi une vague de suicides (23) unique dans l’histoire du monde du travail français. Une tragédie.

Quel rapport avec la langue me direz-vous. Celui-ci : pour motiver ses troupes jugées à tort ou à raison frileuses et plutôt démotivées, Monsieur Lombard a créé le concept fulgurant du TTM, traduction «time to move» (vite traduite par les employés en «tire-toi maintenant») associé au programme NEXT pour «Nouvelles expériences de télécoms». Certes, il s’agit là, sur le plan purement sémantique, d’épiphénomènes langagiers, dans une affaire d’importance nationale, mais ces petits détails éclairent à leur manière les façons de penser et de procéder de ces dirigeants-là.

Time to move, NEXT, voilà qui frappe fort, à la remarquable manière anglo-saxonne. C’est la monosyllabe érigée en discours d’entreprise, le slogan qui claque au vent comme un coup de canon et porte les foules abruties vers les lignes ennemies, bannières au vent. Puisque les Américains réussissent avec des discours aussi simples, on leur emprunte la technique, les mots et leur portée primaire, on les singe jusqu’à l’absurde en se disant que les gens, galvanisés, vont refaire Verdun. «TIME TO MOVE! Ca sonne bien, ça, coco, mets-le moi donc en devise, à l’entrée de l’usine».

Les Français sont ce qu’ils sont, avec des qualités et pas mal de défauts. Dont celui de répugner à quitter leur domicile du jour au lendemain, sur ordre venu d’en haut. De nos jours, ce goût pour confort et la stabilité leur coûte sans doute cher. De là à vouloir les fondre dans un «new deal» médité à la va-vite par des cerveaux formatés façon grandes écoles rectifiée séries TV, mal préparé psychologiquement et, en fin de parcours exécuté à la hache par lettres recommandées, il y a une marge. Qui tue, apparemment.

NEXT? Oui, c’est intéressant. Quelles seront les prochaines expériences, les trouvailles géniales des cabinets de communication? On brûle d’être conviés, en voyeurs, à la fête. Pour l’instant, enterrons les morts, avec leur «mode du suicide» (dixit Mr Lombard juste avant d’être viré). Les vingt-trois hommes et femmes passés à la trappe de l’envolée France Telecom ont entendu Time to move et ont dû comprendre TIME TO DIE. Ils n’avaient qu’à être anglophones, la vie serait si simple si tout le monde parlait la même langue.

A la lumière de ces drames, je suggère que tous les employés sans exception de mon cher et vieux pays soient désormais dotés d’un dictionnaire anglais-français avec obligation de le laisser bien en vue sur leur bureau. Et avec interrogation écrite le Vendredi soir, avant le départ en ouiquende.

Alain Dubos
Arcueil, France

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