Rechercher
Close this search box.

DÉBAT SUR LA CONSTITUTION EUROPÉENNE

La pseudo «constitution» européenne

Je suis, quant à moi, choqué par ces réactions au texte d’Albert Salon,
équivalant à des tentatives d’intimidation. Oui, la langue est un sujet
politique. Oui, «l’Europe» est un sujet politique, contrairement à ce que feint
de croire M. Giscard. Ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’organiser des
transferts de souveraineté à une entité qui, fatalement, sera de plus en plus
technocratique et de moins en moins démocratique. Non, la «convention» dudit
Colin froid n’en est pas une : elle n’a pas été élue, et l’on vivait très bien
sans !

Lorsqu’on voit l’offensive en règle que mènent les anglophones à Bruxelles
malgré la fragile barrière des textes actuels, qu’ils considèrent sans doute, à
la manière de Guillaume II, comme simples «chiffons de papier», on ne peut que
deviner ce qui adviendrait en l’absence de toute garantie. Et ce texte touffu,
confus, ne donne aucune, aucune garantie linguistique ! Tout est subordonné au
sacro-saint principe de «concurrence libre et non faussée» (qui oublie
curieusement l’avantage extraordinaire donné aux anglophones), et qui doit,
selon les eurobéats, avoir le pas sur toute autre considération. C’est ainsi que
l’on prétend organiser une société sur la loi de la jungle. Mais cette
perspective démentielle va se heurter au principe de réalité, à la question
sociale, et ce ne sont plus des boules de neige qui accueilleront ceux qui ne
veulent rien entendre.

La réalité est simple : toutes les phrases commençant par «L’Europe»
aboutissent à des absurdités, car en réalité il n’y a pas de sujet de la phrase.
L’Europe n’est pas un sujet politique. Lorsque «l’Europe» parle d’une seule
voix, c’est pour ne rien dire : faut-il s’en étonner ? Il n’y a pas un, mais DES
peuples européens. Il n’y a pas de citoyens européens, mais des citoyens
français, allemands, etc. Une démocratie fonctionne, avant le vote, sur la base
du libre débat, qui suppose une langue commune. La démocratie est donc
nationale. Il n’y a donc pas lieu de chercher à imposer une «constitution» :
c’est un leurre. Les peuples de l’Europe veulent certes vivre en paix et
coopérer, mais sans tout ce fatras. Nous sommes en plein George Orwell. Tout ce
que fait cette bureaucratie de Bruxelles et de Francfort, c’est démontrer que la
dose d'»Europe» prescrite est largement dépassée. L’euro est un échec, car
«l’Euroland» dépasse le zone économique optimum, dans laquelle les travailleurs
circulent (parce qu’ils ont une langue commune) aussi bien que les capitaux. Le
français moyen est incapable d’occuper un emploi à Düsseldorf. Au lieu de
continuer à créer ainsi du chômage, en imposant depuis Francfort, en anglais,
une politique monétaire à contre-cycle, il faut continuer dans la voie montrée
par les programmes Ariane et Airbus. Et, là encore, pourquoi rester exclusif,
renfermé, étriqué ? Si le Brésil (ou le Québec !) veut participer à la
construction d’un avion, pourquoi pas ?

Renault a pour partenaire Nissan, qui est Japonais, et non Européen. Et alors
? En matière de cinéma, qui donc existe dans le monde, en-dehors d’Hollywood ?
L’Egypte, l’Inde, le Brésil. C’est avec eux qu’il faut faire des co-productions.
Ils ne sont pas Européens. Et alors ? La France a des intérêts à l’échelle
mondiale. Le français est parlé sur les cinq continents. Nombre de pays ont les
yeux tournés vers la France. Je m’en suis aperçu à Porto Alegre. Il est donc
suicidaire de s’enfermer dans «l’Europe», et il est temps de s’en désintoxiquer,
comme dit le général Gallois.

D’autres auteurs, comme Henri de Grossouvre, ont eu des vues prémonitoires.
La si mal ficelée «constitution européenne» (sic) vise en réalité à ficeler les
nations, à les diviser en sous-régions fondées sur un communautarisme à base
ethnique à l’anglo-saxonne. Son adoption signerait la fin du droit français
(subordonné à un magma anglo-saxonoïde), la fin de la République. Un exemple ?
La directive Bolkestein, que les forcenés de l’ «Europe» n’ont pas renoncé à
faire passer, aboutirait à faire coexister, sur le territoire de ce qui ne
serait plus la République, des serfs et des vilains, des ilotes et des
métèques… Dans certaines stations de sports d’hiver en France, des groupes
anglais exploitent déjà des hôtels où l’on se voit dire «sorry, I don’t speak
French»… ce qui est, en France, (encore) illégal…

Inutile de continuer : si le Giscard à nom d’emprunt (comme disait le général
de Gaule) a refusé sciemment, malgré les observations qui lui ont plusieurs fois
officiellement été faites, d’inscrire dans son texte la moindre disposition
d’équilibre linguistique, ce n’est pas par hasard.

Denis Griesmard,
Denis.Griesmar@wanadoo.fr

(Le 10 mars 2005)


Monsieur le Président ;

Je suis choquée de voir sur votre site (que je consulte avec intérêt, étant
donnée ma sympathie pour les francophones du Canada) un tract de campagne
électorale française pour le non au traité de Constitution européenne réduite à
un nom, celui de « Giscard ». Quel mépris pour le travail des
conventionnels qui y ont travaillé ! Il me semble qu’un devoir de réserve
s’impose sur un site émanent d’un pays qui n’est pas directement impliqué dans
la politique française et européenne.

Je veux bien croire que c’est une simple erreur de jugement et que ce tract
disparaîtra bien vite de votre site.

Sur ce tract, on parle d’asservissement, d’étouffement, d’impuissance, de
voleurs d’âmes (!) de saut dans le vide. Quel lyrisme grandiloquent, déconnecté
de toute réalité. A qui veut-on faire peur ? l’Europe fonctionne aujourd’hui
sous le traité de Nice et continuera de le faire avec ou sans le traité de
Constitution.

Claire GOYER, cl.goyer@skynet.be


M. Salon,

Vous ne connaissez manifestement pas grand-chose à l’Union européenne ni au
droit communautaire. La politique extérieure de la France est totalement
indépendante, et ni le droit communautaire actuel, ni la Constitution européenne
ne nous empêche de mener la politique de francophonie que nous voulons. Je
connais quelqu’un qui vient de finir la rédaction d’une comparaison article par
article entre les traités actuels et la Constitution européenne: rien,
absolument rien ne permet de dire qu’elle va mettre fin à l’indépendance de qui
que ce soit. C’est ridicule, et quand on fait de telle assertions, il faut les
appuyer sur quelque chose. Là, vous êtes dans le fantasme pur. Il faut arrêter
de croire que tout ce qui va mal est «la faute à Bruxelles» et ignorer nos
propres turpitudes. C’est vraiment une histoire de paille et de poutre.

Et puis, si vous êtes Français, concernant le Québec, de quoi vous
mêlez-vous? Tous les francophones et -philes du Québec ne sont pas
souverainistes.

Adam Valency, multilinguisme@gmx.net


Hélas, le temps où l’on pouvait distinguer les deux combats l’un de l’autre
sont maintenant révolus en France, comme ils le sont depuis belle lurette au
Québec. Les Québécois savent mieux que nous que la souveraineté est le meilleur
garant de la pérennité de la langue et de la culture du Pays, et que le français
et la culture québécoise sont raisons et piliers de l’accession légitime à
l’indépendance.

Dans les deux cas, le fédéralisme qui nous étouffe les uns et les autres a
les couleurs de l’Empire. Il suffit d’ouvrir les yeux.

La seule différence, c’est qu’en France on veut maintenant nous priver
d’une indépendance que nous avions déjà. Nos «élites» sont devenues
folles ou satellisées et/ou corrompues. Ceux qui diront «non», sont ce qu’il
reste du «peuple de France», qui demande qu’on l’aide, partout où des gens
attendent encore quelque chose de la France.

Et le maintien d’une France libre de ses choix, capable d’aider les autres
francophones (par exemple) sans avoir à en demander l’autorisation à des
fonctionnaires à Bruxelles et à Washington, importe, me semble-t-il, à ces
«autres francophones». Ce n’est ni Ottawa, ni Bruxelles, ni Berne, ni
Washington, ou Turin-Rome, qui les aidera le moment venu. Au contraire!

Une France baîllonnée, ligotée, ne pourrait empêcher tous les ennemis des
rémanences française et francophones dans le monde entier de danser la danse du
scalp. Tous nos combats forment un tout indissociable.

SF. A. Salon
albertsalon@noos.fr


Je suis parfaitement d’accord avec vous! La bile anti-européenne haineuse
discrédite complètement le combat pour la francophonie et la diversité
linguisitique. Il est tout à fait regrettable qu’Impératif français ne s’en
rende pas compte.

Cordialement
Adam Valency
multilinguisme@gmx.net


Rep: CONSTITUTION EUROPÉENNE

Je suis surpris par la publication du courriel de M. Albert Salon : Non à la
« constitution » de Giscard.

Le débat en cours en Europe ne devrait pas avoir sa place sur votre site
(sauf bien entendu sur la question de la place de l’anglais, mais celle-ci
progresse constitution ou pas, et nous sommes bien d’accord sur la nécessité
d’y mettre le hola). Au Québec, l’impérialisme de l’anglais rend admirable
votre combat; en Europe la question est celle de la construction libre d’une
entité dépassant les haines et les guerres de jadis. Alors pourquoi donner
une tribune à des messages sans lien avec ce qui fonde votre action ?

Très cordialement

Patrick Chauvet – Paris – France
p.m.c.chauvet@wanadoo.fr


(Le 8 mars 2005)

Nous avons besoin de vous

Contribuez à Impératif français en faisant un don ou en devenant membre !