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LE CITOYEN FACE À SON AVENIR

Le citoyen face à l’indépendance du Québec

Nestor Turcotte
Philosophe
(
aristote@ma.cgocable.ca
)

Depuis plusieurs décennies, les Québécois cherchent, par en
avant, comment arriver à la conquête de leur liberté nationale. Rien de plus
logique et rien de plus normal. Toute nation, si petite soit-elle, peut décider,
dans son histoire, de s’autodéterminer. De passer du statut minoritaire au
statut majoritaire. Les Québécois, malgré toute la richesse et la diversité de
leur être profond collectif et individuel, n’arrivent pas cependant à se décider
et à marcher dans cette direction.

L’insistance sur le collectif, sur la nouvelle société à
construire, la société libre et québécoise nous a peut-être fait oublier une
autre dimension qui pourrait faire progresser la marche collective de la nation
vers son autodétermination. Un de mes anciens professeurs écrivait jadis que
lorsque qu’une société fonctionne mal, il serait naïf d’espérer corriger
entièrement la situation en lui donnant les structures d’une société qui
fonctionne bien, du moins mieux.
La structure nouvelle, à elle seule, ne
peut arriver à tout corriger.

Toutes les équipes de hockey sont structurées de la même
manière. Cependant, elles ne fonctionnement pas toutes aussi bien. Lorsqu’on met
ensemble les meilleurs joueurs de hockey des deux grandes divisions de la ligue
nationale, la structure du jeu ne change pas, mais la qualité des joueurs
augmentant, le jeu devient plus passionnant. Il est en de même des sociétés.
L’indépendance du Québec donnerait une nouvelle structure à notre société
civile. Mais cette nouvelle structure ne pourrait, à elle seule, arriver à
régler toutes les questions inhérentes à cette société nouvelle. Des crétins
dans le régime fédéral ou dans le régime républicain d’un futur pays du Québec,
resteront toujours des crétins. Ainsi des voleurs et des escrocs.

Les structures, d’elles-mêmes, ne peuvent changer les hommes.
Les hommes, s’ils le veulent bien, en vivant en bons citoyens, peuvent changer
les structures et ainsi, améliorer le fonctionnement structurel d’une société.
Aucune société n’est meilleure que les citoyens qui la composent. Lorsque les
gens disent que la société est malade, ils pensent tout de suite aux citoyens
qui les entourent. Ils ne se comptent pas parmi ces malades qu’ils dénoncent. Le
mal n’est pas en eux, mais ailleurs, autour d’eux.

Le vrai et nouveau défi est peut-être là : si on décidait de
changer quelque chose en chacun des citoyens qui composent la société actuelle
du Québec, n’en viendrions-nous pas à progresser vers cette nouvelle structure
que tant de gens espèrent, à savoir l’indépendance nationale? Je le crois.

Il est coutume de dire que les hommes se forment
en société
pour mieux vivre. Cette expression est tout à faire juste et
correcte. On peut former une équipe de hockey selon une certaine structure
pré-établie. En cela, toute équipe de hockey est une société. On peut former un
orchestre avec les mêmes joueurs de hockey en leur mettant violon et archet dans
les mains au lieu du bâton qui permet de compter des buts. Et voilà que naît une
autre structure qui convient dans le cas présent, car rien n’empêche de bons
joueurs de hockey d’être, en même temps, d’excellents musiciens. Comme on a
inventé une nouvelle structure, on est passé de la société du hockey à la
société musicale. Les talents au hockey ne sont pas nécessairement
transmissibles aux joueurs de musique. Les talents dans telle société ne sont
sans doute pas ceux-là dont on a besoin pour bien faire fonctionner la société
nouvelle.

La matière qui permet de former une société civile (la
société québécoise, par exemple) est composée d’être humains. Des êtres humains
que personne ne choisit. Des êtres humains qui sont diversifiés, qui sont
hommes, femmes, enfants, handicapés, riches, pauvres, chômeurs, travailleurs,
malades, hétérosexuels ou homosexuels, mariés ou célibataires, etc. La matière
de la société civile est donc les êtres humains eux-mêmes.

Quelle forme alors les humains doivent-ils se donner ensemble
pour que cela ressemble à une société civile? Les humains peuvent privilégier
plusieurs formes d’organisation, plusieurs façons de faire pour que la société
civile arrivent à prendre forme. La meilleure forme, ou le meilleur point de vue
que l’homme a trouvé est de voir la société civile comme un instrument
créé en vue du bonheur de toute la collectivité. L’être humain, lorsqu’il
est en face d’un instrument, se demande à quoi peut-il bien servir. Il en est
ainsi de la société, vue comme instrument. A quoi cela peut-il
bien servir aux êtres humains de s’organiser en société?

En voyant la société comme un instrument qui permet
d’atteindre le bonheur humain, on peut voir la question de l’indépendance du
Québec d’une autre façon. Pourquoi l’indépendance? Parce que les citoyens, sont
ou seront convaincus un jour, que c’est le meilleur moyen, le meilleur
instrument pour leur épanouissement collectif et personnel
. Tant et aussi
longtemps que la majorité n’arrivera pas à voir la souveraineté politique de la
nation sous cet angle particulier, l’angle d’un instrument, du meilleur
instrument pour leur mieux-être collectif, tout reste à faire. Il faut donc que
ceux qui sont convaincus de la nécessité de se donner un tel instrument
convainquent ceux qui ne le sont pas.

La société familiale suffirait à rendre l’homme heureux, à
vivre correctement. Mais l’être humain veut davantage. Il ne veut pas seulement
vivre : il veut bien vivre. La société civile lui donne donc ce «bien
vivre» que la petite cellule familiale n’arrive pas à lui procurer. Les tenants
de l’indépendance du Québec doivent travailler à convaincre leur concitoyens du
bien-fondé d’une nouvelle société québécoise, indépendante, libre et ouverte sur
le monde. Ils doivent poursuivre, par voie de démonstration, que la nouvelle
société à venir est possible et qu’elle serait bien plus juste, équilibrée,
équitable que celle dans laquelle le fédéralisme les fait vivre. C’est
évidemment tout un défi. En ce sens, l’indépendance du Québec ne doit jamais
être prise comme une fin en soi, mais comme un instrument
collectif, en vue du bien vivre d’une collectivité qui aspire à une plus grande
liberté.

N’importe qui, peut, n’importe quand, abuser d’un instrument,
y compris l’instrument privilégié qu’est la vie en société. Toute société est
échange de services. Les uns soignent et guérissent les malades, les autres
enseignent et transmettent le savoir. Les uns gardent les enfants, les autres
gardent les grands-parents ou les personnes âgées. Les uns conduisent les
humains dans leurs déplacements, les autres bâtissent pour protéger des
intempéries et maintenir une certaine intimité aux autres. Les uns cultivent la
terre, les autres transforment ses produits. A chacun de multiplier les services
et prendre conscience de l’importance de celui qu’il rend dans la société dans
laquelle il vit. Et ainsi, on peut dire qu’à chaque fois que chaque citoyen rend
le meilleur service aux autres, rend un service de meilleur qualité, la société
est devenue ou deviendra meilleure.

Toute société tend à s’améliorer à chaque fois que chaque
citoyen essaie de donner le meilleur service aux autres, dans la métier ou la
profession qu’il exerce. La meilleure façon de préparer l’avènement de
l’indépendance du Québec, c’est de faire en sorte que chaque citoyen accomplisse
le mieux possible, la tâche qui lui est dévolue dans l’ensemble sociétal. Et on
peut ajouter une meilleure qualité de services sans ajouter toujours des
millions de dollars.

J’entendais l’autre jour un directeur d’école me dire qu’il
faudrait que le gouvernement investisse dans le phénomène du «trop gras» chez
les jeunes de moins de 13 ans. Je lui ai suggéré de mettre ses culottes courtes
et de faire le tour d’école en courant, avec les quelque centaines d’élèves dont
il avait la charge, et cela pendant une bonne quinzaine minutes, tous les
matins. Cela aurait comme effet d’améliorer son cardio et mettrait en meilleure
forme tous ces jeunes qui s’apprêtent à entrer en classe. En bout de piste, pas
un dollar à charger au gouvernement!

Autre exemple : la santé. Certains croient que pour améliorer
la santé chez les Québécois, il faudrait investir des centaines de millions de
dollars supplémentaires. Pas nécessairement. Bannissons la fumée qui pénètre
dans les poumons roses de nos jeunes, formons-les à de bonne habitudes
alimentaires, faisons-leur faire de l’exercice tous les jours, abandonnons les
chips, les liqueurs sucrées, les excès d’alcool et de bière et la gouvernement
épargnera dans l’immédiat des milliards aux contribuables québécois. Car un pays
libre, c’est d’abord un pays où les citoyens sont en forme physiquement. Là
encore, il faut convaincre par des arguments solides, avec des preuve
irréfutables.

Le Québec indépendant sera-t-il un pays fort? Habituellement,
en posant une telle question, on pense à la question économique. Là-dessus la
Commission Bélanger-Campeau a répondu. La réponse est OUI. Lorsque je demande si
le Québec indépendant sera un pays fort, je songe aux 7 millions de citoyens qui
composeront la nouvelle entité nationale. C’est sur la valeur de chaque citoyen
que s’édifiera l’avenir du nouveau pays à construire. Et il n’y a que deux
critères pour la mesurer : le service que chaque citoyen rendra à ses
concitoyens et la qualité de ce même service.

Car, dans un pays fort, il ne suffit pas de rendre un service
quelconque. Il s’agit de rendre service à l’autre, en pensant que ce service
doit être de la meilleure qualité possible. En un mot, que ce service vise
l’excellence. D’excellents professeurs, d’excellents étudiants, d’excellents
médecins et malades, d’excellents menuisiers, plombiers, éboueurs, collecteurs
d’impôts, d’excellents notaires, avocats, criminalistes, d’excellents bouchers,
vendeurs, mécaniciens, feront un excellent pays. La société civile, bref, ne
peut jamais être meilleure que ses composantes que sont les citoyens.

Et si un jour on peut crier et vivre le : «Vive le Québec
libre! », c’est qu’antérieurement, on aura pu crier : « Vive le citoyen libre »,
c’est-à-dire, vertueux et responsable. «être un bon citoyen, c’est remplir
une fonction efficace dans le cadre d’une société donnée»
, enseigne le
philosophe Krishnamurti.

Le nouvel état du Québec est déjà en préparation dans nos
universités, nos collèges et nos institutions scolaires. Pour gérer et
construire une société moderne, il faut de la compétence. Tout le monde sait que
pour améliorer la musique il ne suffit pas d’amonceler des tonnes d’instruments
neufs ou usagés, mais en bonne condition, devant les musiciens qui se préparent
à jouer une pièce de Beethoven. Il importe aussi de consacrer de longs moments à
former les musiciens. Les instruments les meilleurs entre les mains de musiciens
incompétents ne donneront jamais une douce symphonie à entendre. Les moyens les
meilleurs aux mains de gens incapables de s’en servir, généreront des résultats
qui décevront toujours. Afin de préparer l’avènement d’un pays fort, il faut
préparer des citoyens responsables, moralement et spirituellement très forts.

Le service le meilleur que la jeunesse montante peut donner
au futur pays à faire, c’est de gravir un à un les échelons de la compétence.
Pour être fort et libre collectivement, un peuple doit trouver ces composantes
dans chaque citoyen. Le pays de demain est déjà celui que chacun construit dans
la générosité du don qu’il fait à son semblable. Il me reste un pays à
nommer,
dit Vigneault, il est au tréfonds de toi, n’a ni président ni
roi!

Voilà le pays à faire! Voilà le pays que j’aime!


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