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DES MOTS ET DES FAUX

Cet article a été repris par la revue «L’Action nationale»
(www.Action-nationale.Qc.ca),
dans son édition de septembre 2002.


Des mots et des
faux

De la provincialisation chez
TVA
/
LCN




Lettre ouverte à
Quebecor Inc.

Une
version préliminaire et succincte de ce texte est parue sur
Vigile



Province

(du latin
provincia
)
:
Dans l’Antiquité, pays ou
territoire conquis par Rome
hors de l’Italie et gouverné
selon les lois romaines.



Allons droit au but. Inadmissible. Inadmissible, cette ‘politique’ que vous
maintenez depuis quelques années, à savoir : accoler l’épithète de
« provincial » aux substantifs de vos scripts pratiquement à chaque
occasion où il est question de près ou de loin du Québec (l’état, un ministère,
un service, un établissement ou un organisme public, les citoyens en général).

Le Québec est,
selon le cas et le propos, une nation une société, une collectivité, un état, un
peuple, une patrie. Ou autres concepts analogues susceptibles, sans adultération
ou travestissement, de le désigner ou le définir de façon honnête, exacte et
juste. Ramener cette réalité à la notion de ‘province’, ainsi qu’on le faisait
assidûment jusqu’à la Révolution tranquille (naturellement chez Maurice
Duplessis et certainement sans malice chez Jean Lesage), c’est ramener la
notion/nation québécoise à l’idée d’une masse plutôt quelconque, quasi informe
et que l’on pourrait identifier vaguement, par exemple, sous le qualificatif de
« canadienne-française ». à toutes fins utiles, il s’agit de nous remmener plus
de quarante ans en arrière…




« PEUPLE PLIé DEDANS »

Le vocable
‘province’ implique (im‑plicare : « plier (de)dans ») un rapport de
subsidiarité, voire d’infériorité, à l’égard d’une idée plus forte, plus large,
plus exhaustive ou plus puissante. Plus fondamentale, en un mot. Une province
est toujours « la province de » : la partie d’un Tout qui la contient –
ou la comprend, au sens exclusivement spatial du terme la plupart du temps…
Aussi, subrepticement, de manière insidieuse, éventuellement fourbe (ce pourrait
arriver), subliminale assurément, vous inoculez dans l’esprit de chacun de vos
lecteurs/auditeurs l’idée récurrente de l’insuffisance foncière, congénitale, du
Québec comme entité propre et, pour ainsi le dire, indépendante (à tout le
moins, début prometteur, au plan conceptuel). Une province – on le sait
instinctivement sans être terminologue -, ça ne se tient pas et ça ne peut, par
définition même, ‘se tenir debout tout seul’. Celle-ci est donc par nature
imputable et redevable à quelque chose qui la dépasse. Allez savoir qui ou
quoi…

Voilà donc le
‘message’ qui se voit véhiculé des centaines de fois chaque jour à vos écrans,
sept jours par semaine, trois cent soixante-cinq jours par année. Décidément, on
se croirait de plus en plus à la Radio-Canada du premier ministre du même état.
Dans La Presse, dans Le Droit, dans Le Soleil ainsi que
dans leurs sororales et non moins tendancieuses « feuilles estudiantines », de
Sherbrooke, Granby ou Trois-Rivières, sans oublier la défunte Chicoutimi
(pourtant sans contredit toutes grandes rivales de
Quebecor et de ses Journal de
Montréal
et de Québec), j’appelle ce phénomène : le supplice de la
goutte… d’encre. Bref, le terme “province” utilisé dans le cadre québécois n’a
rien d’une lexie neutre et purement géographique. C’est un hyponyme à
coefficient hautement politique. Menottée à-la-vie-à-la-mort à son hyperonyme.

Et vous ne le
savez que trop

Vous fils de
Pierre Péladeau

Sans quoi on
n’aurait pas assisté à ce glissement aussi net que fallacieux depuis plusieurs
années. De fait, de la Sureté du Québec, du gouvernement québécois ou de la
nation québécoise, en guise d’illustrations rapides, on est passé
méthodiquement
à la Sureté provinciale, au gouvernement provincial et, bien
sûr, à la « Belle » (épithète ressortie des placards de l’Histoire à titre
d’accessit de consolation ?) Province of
Quebec
.


ALIéNATION

Pour
tva-lcn-qu[é]b[é]cor (car enfin,
sire Karl dit-il Qué bé cor ou bien Ke Be
Kor
…?), les Québécois sont redevenus « des provinciaux ».
S’il s’avère en quelque sorte indécent désormais d’attribuer à ceux-ci le
gentilé de Québécois, et que par ailleurs la majorité d’entre eux (le masculin
inclut ici amoureusement quoique non ‘possessivement’ le féminin) répugnent
manifestement, et sans doute à raison, à se considérer Canadi
ans, eh
bien il ne reste plus en effet qu’à noyer le poisson, ou la grenouille, c’est
selon, dans la soupe totalement insipide de Provinciaux. Point – ou hameçon – à
la ligne. «Bonjour Mme la Norvégienne, M. l’étatsunien et Mlle l’Ivoirienne.
Je me présente : je suis Provincial.
And of course proud of it...»

Excentrés, en
périphérie de soi, les Québécois (autorisez-moi une ultime fois ce mot tabou
sinon obscène, et bientôt folklorique) seraient constitutivement décentrés
d’eux-mêmes. Comme un psychotique qui de lui-même ne serait pas le maître, qui
n’aurait pas de lui-même la pleine conscience… Bref, les ‘vraies affaires’ se
passeraient ailleurs qu’en lui. Ailleurs que chez lui. Quitte, dans ses
rares moments de lucidité, à prendre le risque de le mettre très précisément là
où il est d’emblée : hors de lui !


Désubstantialisation par substitution d’abord lexicale. Lobotomie linguistique,
puis mémorielle, intellectuelle enfin, fatalement, de tout un peuple. Car
lorsque l’on ne s’occupe pas soi-même de ses affaires (ce qui s’appelle
l’Indépendance), on finit toujours tôt ou tard par subir l’Occupation de
quelqu’un d’autre (identifiée comme étant la Dépendance). On souffre alors de
« dé‑liaison de soi », aussi nommé Aliénation (a‑lien : sans lien,
séparé de soi-même) – l’opposé politique absolu à l’alliée/nation.

En somme, et à la
lumière de notre propos : substantification de l’absolument relatif, ou l’art de
prêter à taux usuraire un pseudo-contenu à la vacuité. Un mot pour un faux.
Where are we ? De plain-pied dans l’univers orwellien de la novlangue ! Pour ma
part, je proposerai le néologisme ‘banalisémie’ (banalisation/dulcification de
sens) pour désigner ce phénomène de transvestisme sémantique.
*


FROG CODA

Si déjà
l’indigence de votre programmation (chez TVA au premier chef : publicités
accessoirement saupoudrées de séries et de films américains férocement
commerciaux, le plus souvent violents et de catégorie «B», ou «6», largement
interchangeables du reste avec les contenus de votre « ex »

TQS
) m’éloigne depuis assez longtemps de vos chaînes (même au plan de
l’information vous ne vous abstenez plus, hormis Mlle Sophie Thibault, M. Pierre
Bruneau et quelques rarissimes, pour embaucher sans vergogne des gens incapables
de s’exprimer clairement et dans un français correct), voilà que ce
réductionnisme systématique du québec
achève chez vous de congédier de manière générale les dernières dispositions
bienveillantes que j’entretenais à votre égard (ne fût-ce que parce que je me
plaisais, ô naïf moi-même, à vous considérer comme de véritables et libres
‘concurrents’ à la Soft propaganda du cartel idéologique Radio-Canada
– Power Corporation
).

Or, bien au
contraire, vous vous transformez de façon comparable en instrument de
banalisation, de dépersonnalisation et donc, en dernier ressort et
incontestablement, d’affaiblissement du seul état français d’Amérique. « Vive
la Province dépendantiste ! »

à croire que vous
tenez obstinément à vous faire (outre celui des journaux de vos amis de
gesca !?) le porte-voix du
gouvernement fédéral le plus dépravé et le plus satrapique qu’on ait connu
depuis la Seconde guerre mondiale ; ce même gouvernement au surplus – « Je me
souviens », et vous ? – qui fut naguère le maître d’oeuvre de l’occupation
militaire du Québec, précédant d’à peine plus d’une décennie le rapatriement
unilatéral de la Canadian Constitution …contre la volonté ferme et
unanime de la ‘just a (french) province ’.

Hé! LCN-TVA, un
p’tit don de Don Boudria avec ça…?

Ce qui est
terrible par-dessus tout dans ce portrait général – à savoir le piétinement
massif et généralisé de l’idée même de démocratie, car ultimement c’est bien de
cela dont il s’agit -, c’est que dans le contexte où l’ensemble du discours
public est confiné dans l’entonnoir d’un verbe unique – en l’occurrence celui de
l’étiolement, du rapetissement et ensuite de la résignation comme prélude obligé
à l’assujettissement et enfin à la servitude mortifère finale -, il ne reste
plus alors que la violence comme outil de communication pour les individus qui
ne partagent pas le discours de la dictature d’opinion des monopoles de la presse.

Bâillonner un
homme c’est lui mettre une dague dans la main. Fût-elle momentanément en sûreté
dans un robuste mais recru fourreau de cuir nommé
Devoir.

Jean-Luc Gouin

Peregrin@Q-bec.com

Petite-Rivière-Saint-François, 24 mai 2002

* « Big Brother a eu l’idée de la novlangue, une langue
simplifiée, artificielle qui, avec son lexique normalisé, sa syntaxe appauvrie,
interdit de penser la complexité, annihile l’esprit critique et rend
informulable toute révolte. L’homme nouveau parle par slogans, son discours est
un caquetage.» Jean-Yves Guérin, entrée « 1984 », Encyclopédie Universalis,
2002.

Note – . Cette dépaysation orchestrée du Québec ici dénoncée s’oppose de
plein fouet à la réalité historique et politique véritable de la matrie de Félix
Leclerc. Pour illustration, si nécessaire (?), voir parmi maintes « Le Statut de
la Liberté », dans Combats (http://www.Combats.Qc.ca/),
automne 1998 (http://pages.infinit.net/histoire/gouin14.html).
Quelques adrélecs utiles au dossier :
Relations.auditoire
@TVA.ca (http://reseau.tva.ca/contactez-nous/courrier-auditoire.shtml
et/ou
http://tva.canoe.com/groupe-tva/
), Nouvelles
@TVA.ca,
Commentaires
@Canoe.Qc.ca
. Quebecor : Qi_info
@Quebecor.com
(http://www.quebecor.com/htmfr/0_0/8_0.asp
et/ou
http://www.quebecor.com/htmfr/0_0/index.asp
).


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