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PIERRE FALARDEAU ET L’ÂME DU QUÉBEC

Le cœur du Québec battait plus fort aux funérailles de Pierre Falardeau que dans un congrès dirigé par M. Charest! Le personnage singulier qui gisait sous le fleurdelisé rappelait au Québec ce qu’il était à l’origine et ce qu’il pourrait redevenir. Naguère, Marcel Rioux remarquait que les Québécois existaient toujours mais qu’ils avaient cessé d’être identiques à eux-mêmes. Que non! Pierre Falardeau représentait la strate première de notre identité, pour la réjouissance de beaucoup et la mortification des autres. En scrutant son visage, en écoutant sa parole, on pouvait remonter l’histoire et se retrouver au plus près de l’ « ancien canadien », que disons-nous? – remonter aux sources de nous-mêmes. Intelligent, avec une éloquence de charrue, il mimait à la perfection l’homme du peuple à la fois lucide et impuissant face aux pouvoirs. Pourtant, à la culture populaire et à ses expressions brutes, il alliait les raffinements de la culture savante, de l’analyse politique et d’une sociologie éclairante. Ses ennemis ont fait mine de louer en lui le cinéaste, l’artiste, pour mieux mettre à distance le penseur, l’imprécateur et le juste interprète de l’âme populaire.

La Conquête aurait dû recevoir en son temps une réplique armée. Cette lacune creuse un grand trou dans notre destin et rend insoluble ce que l’on est convenu d’appeler la « question nationale ». Falardeau ne se méprenait pas, comme beaucoup, sur le sens et le poids de la défaite nationale. Il savait aussi toute la contrainte et l’impuissance qui se cachent derrière notre servitude subventionnée et notre vernis de modernité. Il maniait la parole comme des boulets de canon tout en sachant le dérisoire d’une expression que ne suivent pas, à la même hauteur, la politique et l’action.

René Lévesque disait un jour que nous deviendrions peut-être « quelque chose comme un grand peuple ». Jusqu’à ce jour, nous avons soigneusement évité d’être grands, mais il est certain que Pierre Falardeau, lui, fut grand et unique dans son registre. Il incarnait l’âme de son peuple et rien, ni la lassitude de l’âge, ni la trahison de l’histoire, ni l’argent, ni les succès de podium, ni les compromissions de la bonne entente « civique », rien ne l’a détourné de la seule question qui vaille et qui donne la dignité et la juste mesure de toutes les autres : l’indépendance de son peuple.

Hubert Larocque, Gatineau.

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